Histoire de la ville

Gourbeyre, une jeune commune au passé très riche

La création officielle de la commune date du décret colonial du 20 septembre 1837, qui lui donna alors le nom de la section d’implantation du bourg : Dos-d’Ane. Cette création résulte de la réunion d’une section de l’Extra-Muros de la paroisse du Mont-Carmel de Basse-Terre, la montagne Saint-Charles et le Palmiste et une partie de la paroisse de Trois-Rivières (Dolé). Gourbeyre compte plusieurs frontières sur le plan géographique : le massif de la Soufrière la borde au nord, à l’ouest elle est séparée de Basse-Terre et de Saint-Claude par la rivière du Galion (autrefois appelée « Ouroualégou » par les Indiens Caraïbes) ; à l’est, il faut franchir la rivière de Grande-Anse et la Grande-Ravine pour atteindre Trois-Rivières. Enfin la côte de Rivières-Sens et la ligne des crêtes des Monts Caraïbes constituent une autre frontière au sud-est. L’emplacement de la commune en fait un lieu de passage obligé entre la Côte au vent et la Côte sous le vent, ce qui influera beaucoup sur son histoire au fil des années.

 

L’histoire de Gourbeyre mêle étroitement la religion et l’armée : vers 1650 en effet, les compagnies coloniales commencèrent à accorder de vastes concessions aux représentants de l’Eglise, créant ainsi les conditions de l’hégémonie de trois ordres religieux dans la région, dès le début du 17e siècle. Les religieux de Saint Jean-de-Dieu, également appelés les Frères de la Charité, s’installèrent sur l’habitation Saint-Charles, qu’ils transformèrent en sucrerie. Ils avaient reçu cette donation à la condition notamment d’ouvrir une quinzaine de lits pour les plus démunis : l’habitation y prit le nom d’hôpital. Les religieux de l’ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel habitèrent l’habitation Dolé. De leur côté, les jésuites achetèrent l’habitation sucrière Bisdary au gouverneur Houël.

Pendant des années, la richesse excessive des ordres religieux, grands propriétaires d’habitations et d’esclaves, provoqua la colère et les protestations des colons. Le domaine de Bisdary, par exemple, s’étendait sur près de 250 hectares et possédait plus de 300 esclaves, ce qui en faisait d’ailleurs l’une des plus grosses habitations sucrières de la Guadeloupe. Les jésuites conservèrent cette vaste propriété jusqu’en 1764, date de leur expulsion de la colonie. La superficie de ce domaine représentait au 18e siècle bien plus de terres qu’il n’en fallait pour nourrir 100 esclaves noirs.

Il fallut attendre la Révolution française pour voir tous ces domaines se transformer en « habitations nationales ». Notons ici un fait important : après avoir eu comme maîtres des religieux, la main-d’œuvre servile africaine devint propriété de l’Etat. A partir de 1830, celui-ci décida de mettre en location ou en vente des habitations dont les charges étaient très importantes.

Au passé religieux très riche de la commune de Gourbeyre, il faut ajouter le passé militaire, tout aussi conséquent. Faisons un bref rappel des grandes dates qui ont marqué l’histoire de notre cité. En 1691 lors de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg, Basse-Terre fut occupée par les Anglais, il fallut donc organiser la défense dans le quartier du Dos-d’Ane et le Palmiste servit de réduit. En 1703, lors de la Succession d’Espagne (1702-1713), le territoire de notre commune fut encore le champ de rudes batailles; les rives du Galion marquèrent la ligne de défense pour chaque camp.

Entre 1757 et 1758, alors que la Guerre de Sept ans était déclenchée, on renforça le réduit de Dos-d’Ane par la construction de batteries, de postes de défense et de retranchement, permettant ainsi d’y organiser la défense lors du débarquement des Anglais en 1759. Et c’est au réduit que le gouverneur Nadau du Treil signa l’acte de capitulation le 1er mai.

Sa proximité avec le chef-lieu, son rôle de passage obligé entre Basse-Terre et Pointe-à-Pitre et sa topographie montagneuse, ont fait de Gourbeyre le théâtre fréquent de nombreux affrontements entre belligérants.

Le 4 février 1749, la Convention nationale abolit l’esclavage en Guadeloupe ; celui-ci allait être rétabli en mai 1802 par Bonaparte.

Commencée en 1793, la Guerre franco-anglaise fit rage dans la Mer des Caraïbes pendant de longs mois. Soutenus par les royalistes, le 9 avril 1794, les Anglais débarquèrent en Guadeloupe.

Le gouverneur, son quartier général et son administration se réfugièrent sur les hauteurs de palmistes et capitulèrent peu de temps après. Lorsque les troupes révolutionnaires de Victor Hugues contraignirent les Britanniques à la fuite, Gourbeyre fut une nouvelle fois leur lieu de passage ; des canons furent installées sur le Houëlmont qui surplombait le Fort Saint-Charles, l’un des derniers bastions des Anglais qu’ils quittèrent dans la nuit du 10 au 11 décembre 1794.

C’est encore le territoire de notre commune (Dolé, Dos-d’Ane, Palmiste, les hauteurs du Galion, le Houëlmont), qui fut le théâtre d’une grande partie des combats de 1802 entre les hommes du général Antoine Richepanse, venu rétablir l’esclavage, et ceux de Louis Delgrés, d’Ignace et de Massoteau, ardent défenseurs de la liberté. L’un des épisodes les plus marquants de cette rude bataille se déroula à Dolé, le 23 mai de cette même année, lorsque les hommes de Richepanse, conduit par Gobert et Pelage, atteignirent Ignace au poste retranché qu’ils emportèrent à la baïonnette.

On l’a vu, la commune fut créée par le décret colonial du 20 septembre 1837, et son premier maire fut Louis-Philippe Longueteau. Lorsque l’esclavage fut aboli en Guadeloupe en 1884, Gourbeyre comptait 1 575 esclaves. De nouvelles élections municipales furent organisées en 1850. Pour la première fois, anciens maîtres, nouveaux libres, Blancs, Noirs, hommes de couleur furent appelés aux urnes. Il ne s’agissait plus alors d’un suffrage censitaire comme en 1838 (sur 395 habitants libres, 44 seulement avaient été autorisés à voter), mais d’une élection au suffrage universel. Cette élection vit la défaite de Louis-Philippe Longueteau, causant une grande déception parmi ses amis, les grands Blancs créoles. Le nouveau maire, Stanislas Michineau, était très proche des cultivateurs noirs, mais il mourut après quelques mois d’exercice. Les Longueteau revinrent alors en force. La mandature de Saint-Léger Longueteau vit l’ouverture, en 1854, de la première école publique de la commune. Divers maires se succédèrent à la direction des affaires de la commune. Amédée Valeau occupa cette fonction entre 1932 et 1977, soit pendant 45 années, ce qui constitue l’une des plus longues mandatures de la Guadeloupe.